Nouvelles locales
- Liège Mardi 30 décembre 1997 - LE SOIR
Nos racines sont ici (VII)Le
cochon et ses avatars, de Malmédy à Blehen
A Liège, avant la Grande Guerre,
on donnait à l’enfant méritant une petite pièce de
monnaie, " me çanse ", qu’il s’empressait de transformer en " chique
", à la confiserie. S’il " capitalisait ses revenus ", il pouvait,
moyennant " deûs çans’ èt d’mèye" (5 centimes),
acheter, chez le charcutier, une friandise très particulière,
appelée " drèssèye" en wallon. Trois ou quatre morceaux
de viande de porc assaisonnés et dressés - d’où le
nom - sur une petite assiette boudin noir, boudin blanc, "dimèye-tièsse"
ou tête en gelée, queue ou oreille cuite.
On consomme encore, dans notre région,
de nombreuses préparations à base de porc. Certaines sont
connues partout boudins, tête pressée, cervelas, crépinefte,
galantine, etc. D’autres sont bien localisée comme le " lèv’go
", boudin d’abats au lait et aux raisins de Corinthe, connu dans un triangle
Malmédy-Verviers- Herve, ou le " bonèt ", estomac aux pruneaux,
à Amay et dans la région hutoise.
La consommation de boeuf et de cheval
était quasi nulle au siècle dernier - personne ne songeait
à ingérer des " outils de travail" -; avec
la volaille, le cochon, facile à engraisser, constituait donc la
seule viande ordinaire. N’allez pas croire cependant que côtelettes
ou rôti figuraient quotidiennement au menu. Les morceaux " nobles"
étaient réservés aux grandes circonstances Noë1,
fête paroissiale, mariage ou communion solennelle, à la différence
du lard, des tripes ou des bas morceaux tels que queue, oreilles ou pieds.
L’abattage du " pourcê" était
un événement familial, pratiqué entre le 1er novembre,
époque de fin de " glandée ", et le 17 janvier, jour de la
Saint-Antoine. Chaque ferme, mais aussi chaque maison -même en ville
- assez vaste pour accueillir durant quelques mois cet hôte
encombrant, participait au rituel l’abatteur, intinérant, donnait
le coup de grâce à l’animal, alors bien gras car gavé
de glands, de déchets ménagers et de pommes de terre; tous
s’affairaient ensuite à saigner la dépouille, à la
brûler, à la laver et à la gratter... Les boyaux et
autres viscères, destinés à la fabrication des saucisses
et des charcuteries, étaient ébouillantés; le sang,
cuit en boudin; le lard, salé, etc.
Dans certains villages de Hesbaye,
les têtes des porcs étaient vendues aux enchères, le
dimanche, après les vêpres; l’argent récolté
servait à faire dire des messes en l’honneur de saint Antoine l’Ermite.
A Blehen, non loin de Hannut, une confrérie, créée
en 1975, a restauré cette ancienne coutume, avec toutefois
quelques nuances.
Saint Antoine l’Ermite - à
ne pas confondre avec saint Antoine de Padoue, "retrouveur" d’objets perdus
- serait mort le 17janvier 356, après avoir fondé le monachisme;
depuis le Moyen Age, il est toujours représenté en compagnie
d’un cochon, parce que, disent certains, il aurait rendu la vue à
une laie aveugle; parce que, disent d’autres, les moines antonins élevaient
des porcs pour subvenir aux besoins de leurs hôpitaux. Devenu au
cours des siècles, le saint protecteur des porchers et de leurs
animaux, il fait - et fit surtout - l’objet
de nombreux pélerinages, le 17 janvier... à Blehen notamment.
Ce jour-là, à la fin du siècle dernier, la foule des
fidèles se pressait dans l’église du village, dès
3 heures du matin; à l’issue de la grand-messe, tous vénéraient
les reliques, le prêtre bénissait le " pain de saint Antoine"
et les gorets qui accompagnaient beaucoup de pèlerins. Les membres
de l’ancienne confrérie Saint-Antoine vendaient alors, au profit
des pauvres, des demi-têtes de porc, salées, pour 30 ou 50
centimes...
Si, le 17 janvier prochain, vous voulez
acquérir une demi-tête de porc, il vous en coûtera entre
1.000 et 1.500 F. Rendez-vous devant l’église de Blehen,
après
la messe de 10 heures.
FRANÇOISE LEMPEREUR