Les portes de la République Libre de Blehen
Pwète
dé Westå
Pwète
dé Tèyou
Pwète
dé l'Inte-2-Vèyes
Pwète
dèl Rowale Gravi
Molayn
dé l'Espénètte
Note : les orthographes peuvent
varier
Les portes de la République Libre de Blehen
ont aujourd'hui une importance toute particulière. En effet
elles annoncent le village fleuri puisque chacune d'entre elles est abondamment
pourvue de fleurs, rouges et jaunes, bien sûr !
PWETE
DE WESTA
Le chemin ainsi nommé vient de Huy, passe
par Braives et Lens-St-Remy avant d’aborder Blehen sous le nom de "Rowale
Gravi" puis de rue Haute. Il continue vers Avemas et Tirlemont: c’est une
ancienne voie secondaire romaine, un "diverticule".
On ignore malheureusement le sens du toponyme mais
il s’agit certainement d’un nom de route, ce qui restreint le choix des
explications: s’agit-il du nom des usagers ? du nom de destination? d’une
voie bordée d’auberges ? ou d’un ancien vocable signifiant route
qui serait une adaptation d’un terme flamand?
Le carrefour où
nous se trouve cette porte était autrefois baptisé "ai gnure
poye" (à la poule noire). On sait que sacrifier un gallinacé
au plumage noir à minuit, dans un cercle magique provoquait l’apparition
du diable.
PWETE
DE TEYOU
Le tilleul actuel, amputé à la
suite des tempêtes du début des années 1990, est âgé
d’environ 130 ans. Il semble qu’il a eu un prédécesseur puisque
un texte du 25.2.1790 précise: "item quinze saules au tilleux".
Un autre arbre de l’espèce était connu des écoliers
blehinois qui allait à pied à l’école à Hannut
en suivant le vieux chemin: rue des Tonneliers, se trouvait en effet un
tilleul vénérable, mentionné déjà en
1794.
Cet arbre est le favori des places publiques, des
carrefours, des oratoires. Fixée àson tronc, une guérite
en bois a abrité pendant longtemps une statuette de Notre-Dame des
Champs; elle est de nos jours placée rue Haute, à proximité
de la "potale".
Quand vient la floraison, suivant l’écrivain
André Theuriet: "la cime arrondie bourdonne dans la lumière,
dans chaque fleur chante une abeille. Cette musique aérienne née
en plein soleilfiltre peu à peu jusqu’aux dessous assombris où
la paix se mêle à la fraîcheur. En même temps,
chaque feuille distille une rosée mielleuse qui tombe sur le sol
en pluie impalpable."
PWETE
DE L’INTE DEUX VEYE
Cette porte tire son nom du lieu-dit voisin, situé
sur Lens-St-Remy. Attesté assez tardivement, au début du
XVIIIè siècle, il signifie littéralement: "entre 2
villes", c’est-à-dire "entre 2 villages". Auparavant, cette campagne
appartenait à l’église Saint-Servais de Maastricht.
Au temps où les localités rurales
étaient entourées de haies et de fossés, un sentier
courait ici le long de la frontière avec Lens, donc avec le Brabant.
Dans ces champs que vous apercevez, le 115 août 1693, s’est déplacée,
avec armes et bagages, une partie de l’armée française quittant
les environs du champ de bataille de Neerwinden. Estimée à
une dizaine de milliers d’hommes, elle est passée par Fresin, Abolens
ainsi que entre Blehen et Lens, en route vers le hameau de l’Empereur près
de Moxhe.
Signalons pour terminer que ces lieux ont souvent
été le théâtre d’affrontements au cours desquels
les gamins de Blehen se battaient à coups de pierre contre ceux
de Lens. Un souvenir d’hostilité entre Brabant et pays de Liège
?
PWETE
DEL ROUWALE GRAVI
"Le grand chemin de Brabant", comme on l’appelle
au XVIIIe siècle, et qui continue vers le nord sous le nom de "voye
de westa", empruntait en cet endroit la forme d’une ruelle.Elle doit vraisemblablement
son nom (qui date du XIXe siècle) au fait qu’elle était empierrée
de gravier alors que les autres chemins communaux ne l’étaient pas.
Son étroitesse primitive s’explique par la forme encaissée
qu’elle à prise à la suite des nombreux passages de charrois.
Une auberge servait autrefois de maison de péage
entre le territoire brabançon et le pays de Liège.
Nous savons que le 10 octobre 1763, "vers le soir",
un chariot attelé de 8 chevaux ne paie pas les droits dus à
l’Impératrice d’Autriche. Aussitôt les douaniers s’en emparent
mais les blehinois (et peut-être aussi d’autres villageois), par
"force" et par "violence", s’interposent pour le dégager ... Leur
coup de main est réputé "vilain" par la cour de justice de
Blehen.
PWETE
DE MOLAYN DE L’ESPINETE
Aux confins de Lens, Blehen et Villers, dans la
campagne, le moulin à vent de l’Epinette a été construit
en 1841, sur ordre du fermier villersois Paschal-Joseph Gaillard. Son appellation
lui vient d’une aubépine, aujourd’hui disparue, à l’origine
du toponyme "à l’espenète". Désaffecté depuis
plusieurs années, il sera abattu par l’ouragan du 12 mars 1876.
Voici un extrait d’un registre de la cure de Blehen
qui parle de la fameuse tempête: "1876. Le 12 mars qui était
un dimanche, de 3 heures à 6 de relevée (sieste), un ouragan
(sic) épouvantable eu (sic) lieu sur la Belgique (sic) et les pays
voisins. Arbres arrachés, maisons renversées, personnes tuées,
tel est en raccourci le tableau de ce jour". On constate que le curé
est encore sous le coup de l’émotion quand il rédige ...
Il faut bien dire que le meunier passait pour un
fainéant et n’entretenait guère son gagne-pain, aussi la
malice populaire assurait-elle:
"Le molayn de l’espenète
E n’moud peus que çou qu’on li pwette: (Ne
moud plus que ce qu’on lui porte)
E va tont à cablonce (Il va tant à
balançoire)
Qu’on djou e l’irè seu s’ponce!" (Qu’un jour
il ira sur sa panse)
La tradition rapporte aussi qu’à la vesprée
des sorcières se manifestaient entre les ailes du moulin...
Près de cet endroit passait "le vicinal"
(le tramway) Hannut-Jemeppe qui a desservi la commune jusqu’en 1950:
il
a été remplacé par une ligne d’autobus. C’est pourquoi
ce lieu s’appelle aussi "Al tram".